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Rue Grétry, à Liège, ce jeune caviste veut faire partager sa passion du divin breuvage sans se fixer sur l’étiquette. Juste pour le plaisir et la convivialité. Car il ne vend pas seulement, il conseille, fait déguster et prend l’avis de ses clients pour déterminer ses choix. Les Dix Vins, tout un programme...
Voici quatre ans, Bruno Keuninckx transformait le café ou le cyber-café du 77 rue Grétry en un lumineux magasin à vins. Après une jeunesse studieuse et dignement arrosée – il dirigea même le KGB belge, soit kotteur, guindailleur et buveur -, il fourmillait d’idées pour faire partager sa passion, sa connaissance de ces vins surtout du Rhône, Languedoc-Roussillon, Sud-Ouest de la France qui depuis quelques années remplacent dans le coeur et le gosier ces productions bordelaises qui prennent parfois avec la réalité du porte-monnaie de coupables licences. “Chez nous, pas de bouteille de 75 cl de vin à plus de 25 euros, des vignes de moins de 25 ha.  Nous travaillons avec des petits vignerons oeuvrant en agriculture raisonnée, sans machine, sans engrais chimique et offrant si possible une exclusivité en Belgique, voire en Wallonie ou en province de Liège à tout le moins. Nous voulons offrir du plaisir à un bon rapport qualité-prix.” Et de souligner que si à quelque chose malheur est bon, la vache folle et les poulets à la dioxine ont peut-être ouvert les yeux à nos compatriotes, les poussant à retrouver chez le boulanger le goût du bon pain de chez nous, chez le fromager la production laitière faite de fraîcheur et de nuances calculées, bien emballée, avec en prime le sourire de la crémière et chez le caviste... ces découvertes, ces vins conseillés et non pas servis à la grosse louche d’une grande surface mais respectant le rapport qualité-prix. Après avoir pris en compte le transport, les accises, la TVA, les écobonis, fost plus, une marge bénéficiaire tout de même, on comprend que le prix d’un vin débute à 5,50 euros. Mais Bruno Keuninckx annonce une réduction de 5 pc par caisse de 6 bouteilles, 10 pc quand un vigneron vient présenter ses produits et itou lors de la dégustation de rentrée de septembre ou avant les fêtes de fin d’année. Parallèlement à ce commerce, il gère, depuis 8 ans, La Cave, club d’achat de vin, mettant en présence des associés qui, pour 30 euros par mois, reçoivent tous les trimestres leur colis de vins fins. Et en plus, ils bénéficient d’une réduction de 10 pc lors de leurs achats aux Dix Vins et des initiations à la dégustation. La prochaine session de celle-ci débutera le samedi 24 septembre, 77 rue Grétry à 11h. Prix : 150 euros pour 6 cours de 2 heures à raison de 6 séances par trimestre, matériel didactique et dégustation de pâté et de pain compris. De pures merveillesDans la large palette de ces vins venus du Sud, nous avons retenu en duo rouge-blanc, les Mas de la Séranne et les Clos de Gravillas, tous mûris sous le soleil du Languedoc. Les premiers sont originaires d’Aniane, chef lieu du canton de l’Hérault où fut fondée en 780 une des plus importantes abbayes de l’Europe caroloringienne.
On a un fort faible pour la cuvée Les Griottiers 2003, un rouge superbe, bien charpenté aux arômes de cerises macérées à l’alcool, de griottes à l’eau de vie donnant naissance à son nom et rappelant ainsi cette image de cerisiers sauvages qui poussent comme de belles fleurs près de la vigne de grenache d’Isabelle et Jean-Pierre Venture. Une robe grenat avec une touche orangée, un nez rond fait de fruits rouges, de kirsch, de mûre, avec des notes fraîches de garrigue et de tapenade. Comme là-bas, dis... En bouche, une fraîcheur mentholée d’abord, puis confite, harmonieuse et flatteuse où se décèlent des tanins fins dans un bel équilibre. On lui promet un potentiel de garde de 5 et 6 ans même si aujourd’hui il est prêt à être dégusté. Une bouche ample et puissante qui vaut largement ses 12,50 euros. Idéal pour ouvrir les papilles en accompagnement d’une tagine, de plats sucrés-salés et de toutes viandes. La cuvée “Aventure” de 2004 en blanc, au même prix, faite de grenache à 70 pc et de roussane, dégage un nez intense de fruits à chair blanche où domine la poire. La bouche est du même tonneau: fraîche, ample avec ce moelleux qui permet de déguster les yeux fermés. Fraîcheur encore dans le nez marqué par la poire mais aussi une pincée de fenouil, d’anis, de grillé. Ce blanc sec est un compagnon attentif du foie gras, des poissons, des asperges, de viandes blanches à la crème ou à l’apéro.
 “Le Clos de Gravillas” produit par Nicole Bojanowski à Saint- Jean de Minervois est marqué au sceau de la pureté et de l’équilibre, de la douceur. Pour le mettre en valeur, on n’utilise qu’un outillage léger afin d’éviter le tassement des sols et un travail à la main : taille, épamprage, désherbage, ébourgeonnage, éclaircissage et vendange avec tri minutieux. L’ampleur du fruit et du tanin, son charme féminin jusqu’au bout des ongles ont tout pour séduire. Ce vignoble de 5 ha et des poussières est situé à 300 mètres d’altitude sur les gros cailloux blancs – pas ceux du petit Poucet – sur un sol argilo-calcaire. Les vins dégagent élégance et minéralité. “L’inattendu”, un blanc à 18 euros pour le 2002 et 2003 sert idéalement la cuisine exotique mêlant sucré et salé, un poisson, une volaille ou un fromage de comté. Resplendissant de caractère, de chair toute en rondeur, il embaume d’eucalyptus. Attention, comme la carte des Dix Vins le précise quand c’est le cas: ce vin n’est disponible qu’en très faibles quantités. En rouge, “Lo Viehl 2003” à 20 euros vaut le meilleur conseil d’ami. Une révélation, en dit la “Revue du Vin de France”. Pur, droit, bien équilibré, il ouvre large la voie à de très grandes réalisations. Dès qu’il pointera le bout de sa colorette rue Grétry, mieux vaut se précipiter, il n’y en aura pas pour tout le monde. Il est rare en effet à ce prix de découvrir une telle maturité, tant de bouche délicate et équilibrée. Un bonheur pur jus...
Thierry De Gyns
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